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dimanche 5 octobre 2025

Pierre BARRÉ

 BONJOUR,

L'histoire se passe en mars 1898 à ÉVREUX dans l'EURE (27)

Ce matin-là, la femme de ménage chargée de nettoyer l'appartement du père BARRÉ vient de frapper à la porte du 44 rue des murs St Louis, mais elle n'obtient aucune réponse. Étonnant se dit-elle car le locataire est plutôt matinal. Intriguée, elle pose la main sur la poignée de la porte et constate qu'elle n'est pas fermée. Après l'avoir poussée, elle entre d'un pas assuré mais reste saisie de terreur devant le spectacle effrayant. 

Le retraité des Contributions Indirectes, Pierre BARRÉ, le visage violacé, la langue pendante, gît au sol ; il a une corde nouée autour du cou. La pièce est en désordre, le mobilier a été renversé, les tiroirs ouverts ont été fouillés. Des reste de papier brûlés se trouvent dans l'âtre de la cheminée. La femme de ménage sort rapidement de la maison et court prévenir la police. C'est le commissaire François CLÉRO qui est chargé d'enquêter car très vite on exclut le suicide. Il se chargera de la déclaration auprès des autorités (Acte N° 107).

Les voisins ont bien eu la visite d'un homme insistant, à la recherche d'une location ; le comportement de l'individu les a interpellés mais il est possible que cela n'ait rien à voir avec le décès du vieil homme. D'ailleurs à quelle heure la mort a-t-elle eu lieu ? 

Le médecin légiste situe la mort aux alentours de 20 h, la veille, 8 mars 1898. L'homme allait avoir 72 ans. Il était natif de Port-le-Grand dans la SOMME (80). Il fut un temps matelot puis douanier, rattaché aux Contributions Indirectes dont il était retraité. Il avait perdu son père alors qu'il était enfant et avait été élevé par sa mère décédée peu avant son mariage. Il avait épousé(à ABBEVILLE) une cousine au deuxième degré : Julie BARRÉ. L'année suivante, leur était née une fille : Claire. Leur unique fille avec qui il n'avait plus de contact. Celle-ci, ayant pris parti pour sa mère, avait rompu tout contact. Mariée à un cousin proche, elle était installée à AMIENS (80) et s'occupait de ses 4 enfants. 

Pierre BARRÉ était né le 11 mars 1824 à 17 h  à Port-le-Grand (80).


Le voisinage parle d'un homme au comportement curieux. La femme de ménage était là depuis peu. C'est la précédente bonne, Mme DAMAND, couturière, veuve de 27 ans qui lui donnera des informations sur son attitude déplorable. Elle avait rendu son tablier, lasse de ce vieux vicieux qui la coinçait, trop souvent à son gré, dans tous les coins de la maison pour pouvoir la tripoter. Il n'avait de cesse de vouloir lui montrer ....ses titres au porteur. Selon elle, c'était sans doute pour obtenir davantage que du tripotage. 

Les adjoints du commissaire se chargent de prospecter auprès des maisons de tolérance d'ÉVREUX.

Le résultat de leurs investigations dans les registres des établissements concernés rapporte que Pierre BARRÉ avait des besoins sexuels importants. Mais le retraité disposait d'une pension confortable qui lui permettait de s'offrir le luxe de faire venir ces dames chez lui, le soir.

Les policiers ont également découvert qu'une des prostituées, une certaine Anita, est absente "au travail" depuis quelques jours. Anita se nomme en fait Angèle DORÉ. Son proxénète est également absent du quartier depuis la même période. Il s'agit d'un certain BERTHELOT Louis Alexandre, la trentaine, originaire de GRAVIGNY (27) un ancien cheminot, un intérimaire.

Une semaine s'est écoulée avant que la Police ne réussisse à mettre la main sur le souteneur . Les premiers échanges avec lui ne sont pas concluants. La tenancière de l'hôtel de passe sera convoquée, les "dames de compagnie" également. Dès lors les policiers ont une idée du scénario. D'ailleurs, tout tourne autour d'Angèle DORÉ qui semble avoir été l'instigatrice du crime et dont on dit qu'elle avait très mauvaise réputation. Certains diront que la victime l'avait bien cherché en faisant miroiter ses titres au porteur à toutes ces filles. D'autres rapporteront que Louis BERTHELOT et Angèle DORÉ n'avaient pas fait preuve de beaucoup de discrétion dans leurs conversations, parlant à tort et à travers de leur butin.(15 000 francs) 

Interrogés séparément, ils se renvoient tour à tour la responsabilité du crime. Les jurés, lors du procès, seront aussi sévères pour l'un que pour l'autre, compte tenu de leur passé respectif. 

Louis BERTHELOT né le 14 juillet 1866 à GRAVIGNY (27) écopera d'une condamnation à Mort commuée en Travaux Forcés à perpétuité. Il partira pour la GUYANE, le 15 mars 1899, un an après le meurtre. Il décédera aux îles du Salut, le 11 juillet 1901, soit deux ans plus tard. 

Sa comparse, Angèle DORÉ, sera condamnée à 20 ans de Travaux Forcés. La prison lui ouvre les bras.

Le thème de Louis BERTHELOT est établi pour 12 h n'ayant pas connaissance de l'heure de naissance


Bonne Lecture,

isalucy23@orange.fr


jeudi 1 juin 2023

PORTRAIT dangereux

 BONJOUR,


La famille BERTHELOT vit à la Brousse, en Charente Maritime. Durant l'année 1863, François, veuf de 57 ans a épousé Marguerite DAUVIGNAC, veuve aussi (2 fois). 

Le couple est confortablement installé, d'autant que Marguerite a elle aussi de nombreux biens. 

D'ailleurs, 5 ans après leur mariage, Marguerite a déjà envisagé certains arrangements avec des cousins de son époux à qui elle a proposé  contre un apport financier de 2 000 frcs et des biens mobiliers dont ils hériteront à son décès, une contrepartie (blé, haricots, vin, graisse, lard,  bois) en quantité importante. 

Jean BERTHELOT et Marie PORTRAIT, son épouse, ont pris le temps d'y réfléchir. Les temps sont durs parfois  pour ce couple de 40 ans qui a la charge de 4 enfants.  Il se pourrait qu'ils ne puissent honorer leur contrepartie. Ils ont cependant signé l'accord. Les années suivantes n'ont pas toutes été faciles. Mais Marguerite DAUVIGNAC a été tolérante et elle a accepté de repousser les échéances.

Thème de François BERTHELOT

François BERTHELOT, né le 27 octobre 1806, est brusquement frappé par la maladie. Un sale coup du sort qui le laisse paralysé d'un côté. Mais Marguerite DAUVIGNAC peut compter sur ses proches et ses voisins qui, tour à tour, l'aident pour les repas, la toilette ou le coucher de son époux. Marguerite DAUVIGNAC est née le 14 Novembre 1806. Ils ont tous les deux 66 ans et une seconde attaque va terrasser François dans la cour de la maison, en ce jour d'avril 1873. 


thème de Marguerite DAUVIGNAC

Encore une fois, ce sont les voisins qui viennent au secours de Marguerite pour ramener le vieil homme qui dit souffrir du dos. Le médecin venu ne prévoit rien de positif pour la suite. Il craint même que l'attaque suivante soit la dernière.

Marguerite n'est pas tranquille. Elle a bien compris que son époux était mal en point mais on inquiétude est toute autre. Elle vient de se rendre compte qu'elle a fait boire un drôle de liquide à son époux. Ce liquide dont une goutte est tombée sur son gilet l'a brûlé sur la largeur d'une phalange. Une lueur s'en échappe.

Affolée, elle en parle à leur gendre : Jean GUICHARD qui suppose que c'est Marguerite elle-même en touchant aux allumettes pour la chandelle qui a dû faire ce dépôt de souffre. Son petit fils : Eugène GRAVOUIL pense alors se rendre chez le médecin mais tous sont d'avis qu'il serait inutile désormais de le faire venir. Cependant, en constatant le dépôt blanchâtre dans le fond de la tasse utilisée, ils s'assurent que cela ne vient pas du sucre. Le phénomène va se reproduire une nouvelle fois et les amis du vieil homme sont inquiets. Son état de santé s'altère de jour en jour. Ses souffrances sont grandes. Le 4 mai 1873, François BERTHELOT décède. 

Les voisins qui se chargent de faire la toilette du défunt remarqueront bien qu'une odeur de phosphore s'échappe de la bouche du mort mais personne ne prend le risque d'émettre la moindre idée sur le sujet.

Une semaine plus tard, Marie PORTRAIT, apporte à Marguerite un plat nourrissant et en attendant qu'elle se lève, la mère de famille fait un peu de ménage dans la cuisine de la vieille femme. À Midi, Marguerite enchantée d'avoir un peu de compagnie, invite Marie à partager son repas. Après le repas, Marguerite sert un verre de vin et le porte à sa bouche. Elle le recrache immédiatement tant le goût est insupportable. Au fond du verre, elle aperçoit un dépôt qui lui rappelle un bien mauvais souvenir. Le vin doit être trop vieux, dira-t-elle. 

Mais après le départ de la "cousine", Marguerite se rend chez son voisin avec le verre. Jean REGNER après l'avoir écoutée avec attention observe la substance blanchâtre qui fume au bout de son doigt désormais. Sans attendre, il demande à la vieille dame de se rendre à la gendarmerie pour porter plainte.

L'affaire restera sans suite. 

Les semaines et les mois passent. Marguerite ignore que dans son dos, le "cousin BERTHELOT" raconte à qui veut l'entendre qu'après le vieux François ce serait bien que la veuve le suive à son tour dans le trou et qu'ils en soient débarrassés. 

Marguerite a déjà failli tomber de son échelle dont un des barreaux a été scié. Elle ne s'est pas inquiétée plus que cela. 

Le 2 Octobre 1873, elle doit se rendre chez les cousins BERTHELOT pour ramasser et récupérer une partie du bois qui lui est dû. La veille, elle fait le service à l'auberge de Joseph PERRIER, à Matha. Elle y dort avant de prendre le chemin des Abellins, après le petit déjeuner. Avant de quitter l'auberge, elle a bien demandé à ce qu'on l'accompagne là-bas mais personne n'est disponible et tous pensent qu'il s'agit d'une crainte déraisonnable. 

C'est donc à contre-coeur qu'elle se rend là-bas mais vite rassurée par la présence d'autres voisins dans la cour, elle charge le bois qui lui est dû. Elle accepte également l'invitation des cousins à déjeuner avec eux et se rend dans le chai où elle doit prendre quelques petites bottes de paille alors que les voisins sont installés non loin sous un noyer. 

À peine a-t-elle franchi le seuil qu'on entend un bruit sourd et des cris : "À moi, À moi, À l'assassin"

La stupéfaction passée, le plus proche voisin, Pierre RICHARD, s'avance vers le chai mais il entend clairement que le verrou vient d'y être mis. 

Raymond BERTHELOT, le fils de la maison, entre à ce moment par la porte de la maison. Après avoir longé le couloir, il aperçoit ses parents qu'il rejoint sur le lieu du drame. La vieille femme est assise sur le sol, soutenue par sa mère : Marie PORTRAIT qui l'envoie chercher un verre d'eau-de-vie. 

C'est son père, François BERTHELOT qui lui raconte comment un énorme morceau de frêne est tombé sur la tête de Marguerite....mais qu'il ferait mieux d'aller nourrir la jument. Ce qu'il fit. Vingt bonnes minutes plus tard, il retourne chez ses parents et quand la porte du chai s'ouvre, il est blême et annonce : "il y a eu un accident" ; d'un pas lent et mal assuré, il part chez le maire. Ce n'est que le lendemain que le médecin fera son office. Les quelques marques qui sont apparentes sur le corps et le visage de la vieille femme sont, sans nul doute, à imputer à l'arbre. Monsieur le maire attestera que Marguerite vivait en bonne intelligence avec ses parents et voisins. Le certificat de décès est signé. L'inhumation a lieu. 

Mais il semble bien que tous les villageois ne sont pas de cet avis. On témoigne qu'on leur a proposé de scier les rollons de l'échelle, on raconte que Jean BERTHELOT voulait trouver le moyen de se débarrasser de cette vieille femme. Les gendarmes mènent alors une enquête. Interrogés séparément les époux BERTHELOT se contredisent sur leurs agissements, leurs déplacements ; ils sont également en contradiction avec les témoins de ce jour-là. 

Devant tant de contradictions et le manque d'aveux, le Juge exigera alors une autopsie du corps de l'époux de la défunte. Par chance, ce corps est en bon état pour permettre les analyses réclamées. Le résultat est formel : le corps contient du phosphore, la terre qui entoure le cercueil est indemne de cette substance. 

Les témoignages  sont nombreux et précis prouvant que les deux couples vivaient des tensions. 

Le 28 mai 1874, un procès s'ouvre. La femme PORTRAIT est tenace. Elle n'avoue pas. Son mari nie toute implication dans l'empoisonnement. Le procès dure 3 jours. Les jurés rendent un verdict après une courte délibération. Ils ont accordé des circonstances atténuantes pour le meurtre de Marguerite DAUVIGNAC qui leur permettent d'éviter la peine de mort. Ce sera les travaux forcés à perpétuité.

Il embarque le 4 Décembre 1874 pour la Nouvelle Calédonie. Il y meurt 4 mois plus tard.


Bonne Lecture,

isalucy23@orange.fr